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Catégorie

Le terme de catégorie est particulièrement embarrassant dans la mesure où la philosophie et les sciences du langage continuent de se le disputer. Dans cet effort d’appropriation, la philosophie en la personne d’Aristote a pour elle l’antériorité et l’ancienneté – ce qui n’est pas rien. Le geste aristotélicien aboutissant à une table des catégories définitive a été reconduit par Kant à l’époque moderne. Dans les manuscrits de Saussure récemment publiés, on relève une certaine méfiance et l’emploi de ce terme est la plupart du temps sous le signe de la péjoration, puisqu’il désigne l’idée tantôt “hors du signe” : «L’idée en elle-même ne signifie rien.» (Ecrits de linguistique générale, p.73) tantôt «hors du temps» (Ibid. p. 69). La catégorie selon Saussure est caractérisée par une double dépendance : en premier lieu, la relativité, puisque «(c)onsidérée à n’importe quel point de vue, la langue ne consiste pas en un ensemble de valeurs positives et absoluesmais dans un ensemble de valeurs négatives ou de valeurs relatives n’ayant d’existence que par le fait de leur opposition.» (Ibid., p. 77). En second lieu, la relation complexe à l’historicité: «Que le langage soit, à chaque moment de son existence, un produit historique, c’est ce qui est évident. Mais qu’à aucun moment du langage ce produit historique représente autre chose que le dernier compromis qu’accepte l’esprit avec certains symboles, c’est là une vérité plus absolue encore car sans ce dernier fait il n’y aurait pas de langage.» (Ibid., p. 209). Dans les Prolégomènes, Hjelmslev dénonce la vanité de la recherche des universaux: «Le vieux rêve d’un système universel de sons et d’un système universel de contenu (système de concepts) est de ce fait irréalisable, et n’aurait de toute façon aucune prise sur la réalité linguistique.» (Prolégomènes, p. 99). Ceci dit, la visée demeure néanmoins pour Hjelmslev une «science des catégories» (ibid.,p. 128) régissant l’approche philosophique: «La langue est la forme par laquelle nous concevons le monde.» (Essais linguistiques, p. 173). Le traitement de cette problématique a insisté avec raison sur l’autorité des catégories sur les unités de rang inférieur, mais il n’est pas injuste de considérer qu’elle a davantage constaté cette autorité qu’elle ne l’a éclairée. Si les catégories sont puissantes et prégnantes, cela tiendrait au fait que lescatégorisantes systémiques deviennent les définissantes des lexèmes et des morphèmes dès l’instant que les signes sont rapatriés dans l’espace tensif. À titre d’exemple cursif, l’article dit indéfini en français est parfaitement défini comme porteur d’une valence de tempo et de tonicité pour autant qu’il présuppose un quantum de survenir eu égard à tel champ de présence stabilisé. Selon l’hypothèse tensive, les catégories directrices sont l’intensité immanente aux états d’âme et l’extensité inhérente aux états de choses. En concordance avec son épistémologie générale, laquelle voit dans les objets des «points d’intersection de faisceaux de rapports», Hjelmslev situe la catégorie au point de recoupement de la paradigmatique et de la syntagmatique, comme le stipule Le langage:«Catégorie, paradigme dont les éléments ne peuvent être introduits qu’à certaines places de la chaîne et non pas à d’autres.» (p. 173). Dans les Essais linguistiques, l’analyse de la catégorie est de même conforme à la dualité constitutive des langues : «La catégorie est un paradigme muni d’une fonction, reconnue la plupart du temps comme un fait de rection.» (Essais linguistiques, p. 152). L’«homogénéité» figurant parmi les indéfinissables recensés par Hjelmslev, il n’est nullement question de forcer cette limite. Tout ce que l’on peut raisonnablement dire, c’est que la réciprocité des catégories directrices retenues et des valences est l’un des répondants de cette «homogénéité».

(voir intensitéextensité)