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Phorème

Dans Le nouvel esprit scientifique, Bachelard affirme à propos de la physique que «l’énergie reste sans figures» (p. 67); ce constat vaut également pour les sciences dites humaines. Sur le modèle des néologismes auxquels la linguistique a au cours du temps fait appel, le terme de phorème se propose de pourvoir en figures aussi simples que possible cette «energeia» à laquelle Hjelmslev dans les Principes de grammaire générale identifiait le synchronique: «le synchronique est une activité, une energeia.» (p. 56). La reconnaissance de cette dynamique dans le plan de l’expression ne pose plus de problème. Dans le plan du contenu, les choses se présentent différemment: une discipline, hier honorée, aujourd’hui déchue, la rhétorique tropologique a pour objet la force du discours et elle a pour tâche d’identifier précisément les «figures du discours» (Fontanier) les plus efficaces. Mais comme la linguistique, à l’exception de Jakobson, a pour ainsi dire divorcé d’avec la rhétorique, tout se passe comme la linguistique avait préféré le système au procès, tandis que la rhétorique aurait fait le choix inverse: ici une efficience sans savoir raisonné, là un savoir raisonné sans efficience. Nous retrouvons une ambivalence bien connue: les uns démontrent sans persuader, les autres persuadent sans démontrer… Le propos est aisé à formuler: il s’agit d’appréhender les figures élémentaires de la phorie, dont il faut rappeler qu’elle a le mérite de dynamiser le carré sémiotique. Ces figures, nous les recevons plutôt comme des participes présents que comme des participes, plutôt comme des vecteurs que comme des traits. Nous avons trouvé sous la plume de Binswanger une triade que nous avons jugée prometteuse: «La forme spatiale avec laquelle nous avons eu jusqu’à présent affaire, était ainsi caractérisée par la direction, la position et le mouvement.» (Le problème de l’espace en psychopathologie, p.79). Nous nous sommes permis de remplacer “mouvement” par “élan” afin de disposer d’un terme présentant le classème “animé”. Sous bénéfice d’inventaire, l’inventaire des phorèmes est, comme il se doit, réduit et aligne la direction, la position et l’élan. Disposant de cette grille nullement exorbitante, nous l’avons projetée d’abord sur les deux sous-dimensions intensives: le tempo et la tonicité, ensuite sur les deux sous-dimensions extensives: la temporalité et la spatialité. Ce qui a trois conséquences: (i) en vertu de l’analyse en phorèmes, une sub-valence compose unphorème et une sous-dimension; (ii) les sous-dimensions ont, en raison de la procédure suivie, la même organisation; la spatialisation du temps comme la temporalisation de l’espace cessent dès lors de faire problème; (iii) dans ces limites, le produit de trois invariantes par quatre sousdimensions donne douze combinaisons possibles rabattables les unes sur les autres, soit à partir d’un phorème, soit à partir d’une sous-dimension.

(voir dimensiondéfinitioninterdéfinition, valence)